Le Pont du Gard et l’aqueduc de Nîmes

Vertigineuse dentelle de pierre

Parmi tous les articles écrits sur le pont du Gard, celui dont le titre m’a le plus frappé, tant il sonne clair et juste, est celui que lui a attribué Corinne Bensimon, journaliste au quotidien Libération, dans le numéro du 6 août 2010, le pont du Gard, « vertigineuse dentelle de pierre ».
C’est d’abord le choc qui saisit le visiteur, puis, s’il ne parcourt pas le monument au pas de course, vient le moment où il se pose des questions. Mais les documents authentiques  manquent ; ce sont les historiens et les archéologues qui tentent de combler cette lacune. Depuis quelques années, un complexe muséographique en rive gauche du Gardon, apporte de précieuses informations aux amateurs de vielles pierres.

Absence de documents
Il n’existe aucun document écrit de l’époque sur l’étude, la construction, l’ingénierie, la réception des travaux, le coût, la main d’œuvre, les accidents de parcours, la durée de son fonctionnement. Ce sont d’abord les comparaisons, toujours approximatives, avec les documents connus relatifs à d’autres aqueducs dont ceux de Rome, puis les recherches archéologiques ponctuelles qui autorisent quelques conjectures.

Nîmes, une mégapole gallo-romaine
La population de la ville de Nîmes est estimée à 20 000 habitants à l’époque, encore que, cette hypothèse fondée sur la capacité de l’amphithéâtre, plus connu sous le nom d’arènes, construit un demi-siècle plus tard, ne doit être retenue qu’avec prudence. Acceptons la cohérence des chiffres …

Nîmes au carrefour de grandes voies
Il est reconnu que la situation géographique de Nîmes et de sa région, au carrefour des grandes voies ancestrales entre Italie et Espagne d’une part, des voies fluviales du Rhône, de la Saône, voir de la Seine, d’autre part, le long d’un méridien privilégié de la Gaule faisait de Nîmes un centre stratégique particulièrement intéressant.

Ura, la débonnaire
Une source, à Uzès, dédiée à la déesse Ura, avait tout pour attirer l’attention. Claire, son eau sourd au pied des garrigues, dans la vallée de l’Eure, tout près d’Uzès. Facile à exploiter, cette source abondante, pérenne, au débit régulier, située à quelques milles de la capitale des Arécomiques, à une altitude un peu supérieure à celle du bassin vers lequel on pourrait la diriger, un environnement favorable, des roches assez dures pour supporter les constructions, un relief relativement facile à contourner. Deux points gris, cependant : la traversée de la vallée du Gardon et le franchissement d’un étang perché sur un plateau aussi élevé que l’est la source – problème délicat certes mais que saurait résoudre le librator, cet architecte-géomètre- hydraulicien, spécialiste en la matière.

« Le robinet du progrès »
L’eau ne manquait pas à Nîmes. L’eau provenant des Cévennes alimente depuis toujours des nappes qui alimentaient des puits dans chaque quartier.  De plus, une source particulière, dédiée au dieu de la ville qui fit de la cité la capitale d’un territoire aux 24 tribus. C’est une source pérenne mais elle a ses défauts : elle est capricieuse, irrégulière, et comme tous les cours d’eau,elle coule au niveau du sol, il faut se baisser pour remplir des seaux,  fournir les mêmes efforts que pour la puiser dans les puits. Rien à voir avec l’eau sous pression qui coule à volonté dès qu’on ouvre le robinet, ce « robinet du progrès  » qu’évoquait Marcel Pagnol dans son maître ouvrage, la « gloire de mon père ».
Le confort, la facilité, la vie artisanale (fabrique de céramiques, de tuiles, teinture des tissus, etc.), les Volques de Nîmes étaient très certainement favorables à la construction d’un aqueduc.  Encore fallait-il une volonté politique et de l’agent.

Sans les appuis politiques, les projets restent souvent lettres mortes
Les Romains le savaient. Comme à notre époque, on faisait dire aux chiffres ce que l’on voulait et l’emportait ceux qui étaient le mieux aidé. Eh bien, peut-être que 800 ans après la fondation de Rome, pour être agréable à la population des Volques Arécomiques complaisante aux colonisateurs romains, deux Gaulois influents auraient pu jouer un rôle déterminant pour faire pencher la balance vers  la construction de ces grands travaux gallo-romains, l’aqueduc de Nîmes : hypothèse ou certitude ?.

Une opération de communication, c’est aussi probable
Quoi de plus flatteur que montrer ce que l’on sait faire quand on le fait bien ! tant pis si cela coûte cher, les évergètes, les contribuables paieront. Vers 50 après J.-C., les Romains avaient déjà à leur actif la construction d’une dizaine d’aqueducs, dont sept à Rome ; chacun profitait des progrès et des améliorations acquises. Leur technique constamment renouvelée était au point maintenant et jusqu’à l’invention du béton armé dix-neuf siècles plus tard on ne fit pas mieux. Un bel aqueduc, de l’eau à volonté, des jeux, des termes, du confort, vive la Rome gauloise, vive les Romains. Tout est près pour commencer  les études.

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